En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation des cookies pour améliorer le fonctionnement de notre site.

Les mobilités douces ont le vent en poupe

Alors que les grèves dans les transports se poursuivent et avec elles leur lot de difficultés pour les usagers, les modes de déplacements plus traditionnels comme la marche et le vélo font leur retour en force dans les villes touchées par les ralentissements. Au point même de battre de nouveaux records à Paris, avec plus de 10 000 cyclistes enregistrés en un jour, rue de Rivoli, dès le 19 décembre.

Même si l’actualité a souvent porté sur les nouvelles mobilités, notamment la trottinette (que nous évoquions dans un précédent article, la marche à pied et le vélo ne sont pas en reste et sont de plus en plus encouragés grâce à de nouveaux dispositifs et aménagements, ainsi qu’à travers l’émergence de nouveaux acteurs. Retour sur les conditions d’encouragement à ces mobilités douces…

Marche et vélo, au cœur de la notion de mobilité douce

Apparue dans les années 2000, la notion de mobilité douce, faisant référence à des modes de déplacements « doux », recouvre différentes acceptions.
Tandis que certains la définissent comme l’ensemble des déplacements non motorisésdonc exclusivement dédiée aux déplacements dont le moyen de locomotion nécessite la force musculaire (comme la marche à pied et le vélo), d’autres associent la notion de mobilité douce à celle de mobilité durable, jugée moins nuisible à l’environnement, et réunissant la marche à pied, les vélos, les transports en commun, le covoiturage, les véhicules au gaz électrique ou encore les véhicules autonomes.

Selon la dernière Enquête globale transport menée par l’Observatoire de la mobilité en Ile-de-France (OMNIL), la marche à pied est le premier mode de déplacement en France, avec 17,2 millions de déplacements réalisés à pied. Ce mode de déplacement connaît une forte croissance en 2018, de 9 % supplémentaire par rapport à 2010, particulièrement à Paris.

Les vélos ne sont pas oubliés non plus selon les estimations de l’organisme. Un mode de déplacement prisé par les Français depuis des années, avec 3,7 millions de vélos comptabilisés en Ile-de-France et 840 000 déplacements à vélo au total, ce qui représente un tiers de plus qu’en 2010.

Les habitudes de déplacement évoluent, notamment du fait de la prise de conscience écologique et de la praticité de ces modes de déplacement, l’occasion de faire le point sur les principales solutions d’incitations et d’encouragement aux mobilités douces, déjà existantes et en cours de développement, souvent encouragées par les pouvoirs publics. 

Loi LOM, French Mobility : comment les mobilités douces sont encouragées par les politiques publiques

 Les solutions de mobilité douce sont encouragées depuis l’échelon du gouvernement qui incite les acteurs de la mobilité à augmenter leurs projets liés à ce type de mobilité. L’action la plus récente du gouvernement en termes de mobilité est l’adoption de la loi LOM.

La Loi d’Orientation des Mobilités qui a été promulguée le 24 décembre 2019, vient remplacer la loi d’orientation des transports intérieurs (LOTI) qui datait de décembre 1982. Cette loi a pour but de « réformer en profondeur le cadre général des politiques de mobilités ». Elle met en place différentes mesures visant à assurer le bon fonctionnement du secteur des transports, pour contribuer au développement économique et à la cohésion sociale et territoriale. Elle répond à 5 objectifs, notamment d’élargir l’offre de mobilité pour les habitants, une offre de services qui se veut diversifiée, plus efficace, plus partagée et connectée sur le territoire. Afin de réduire les émissions de CO2 dégagées par les transports, la loi LOM applique plusieurs mesures phares pour « verdir » les mobilités : fin des ventes de véhicules à essence et diesel d’ici 2040, généralisation du marquage des vélos qui permettra notamment de lutter contre le vandalisme, ainsi qu’une augmentation de la régularisation des trottinettes, vélos et autres gyropodes accessibles en libre-service, entre autres.

Par l’adoption de cette loi, le gouvernement veut également introduire le « forfait mobilité durable », venant remplacer l’Indemnité Kilométrique Vélo (IKV). Créée en 2016, cette indemnité visait à encourager la pratique du vélo, dans un contexte domicile-travail, comme moyen de transport à part entière. Le forfait mobilité durable est une aide facultative qui prévoit jusqu’à 400 € par an pour les salariés qui se rendent au travail en covoiturage ou à vélo, et qui fonctionnera comme un ticket restaurant avec des tickets mobilités pour couvrir les frais liés à ces déplacements. Une solution qui s’avérera utile pour les 40% de franciliens qui utilisent le vélo pour se rendre au travail, selon l’OMNIL.   

Outre ce volet législatif, le gouvernement a aussi souhaité valoriser les solutions portées par les territoires en matière de mobilité douce. En janvier 2018, le prix « French Mobility » récompensait 13 projets innovants de mobilité dans les territoires. Parmi les lauréats, le projet « Location de vélo issus de récupération » a été félicité. Porté par l’association Choisir Vélo et mis en place sur le territoire des Alpes-Maritimes, le projet consiste à récupérer les vélos déposés en déchetterie pour les transporter dans un atelier, où ils sont triés, démontés, puis réparés.

Si l’utilisation du vélo est avant tout pratique, ce mode de déplacement s’avère également favorable pour lutter contre le réchauffement climatique (Crédit photo : Pexels / Snapwire)

Ces vélos sont disponibles pour les citoyens soit à l’achat, soit en location de courte ou longue durée, ou encore donnés gratuitement selon les collectivités.
Le prix qui a remporté le coup de cœur du jury est le projet « Balades à vélo à tout âge », inspiré de l’initiative danoise « Cycling Without Age ». Mené par l’association A Vélo Sans Age, il permet de proposer à des personnes isolées (généralement des personnes âgées) de se promener à l’aide d’un triporteur, conduit par un cycliste volontaire. Cette initiative permet de renforcer le lien social entre les générations et de pousser les habitants vers des mobilités douces.

Le prix French Mobility a aussi récompensé des actions liées à l’accessibilité pour les piétons. C’est le cas d’Aurizone, un GPS d’intérieur qui intervient comme un guide pour les malvoyants à l’intérieur d’un bâtiment. Il apporte aux malvoyants une autonomie dans des lieux vitaux de l’espace public (gares, établissements publics…). L’application Aurizone a été choisie pour équiper le nouveau Palais de Justice à Paris, inauguré en janvier 2018. Aurizone s’est aussi déployé à la gare d’Aix-en-Provence. 

Ces démarches, encouragées par le gouvernement et les collectivités, témoignent d’une véritable volonté des acteurs de la ville d’encourager les déplacements à vélo et à pied. L’association Vélo & Territoires, dans son enquête Territoires 2019, a fait l’état des lieux des politiques cyclables des collectivités françaises.

Les régions investissent près de 5 millions d’euros par an pour les aménagements en faveur du vélo, un chiffre qui a augmenté de 25 % par rapport à 2014, ce qui témoigne de l’intérêt généralisé des pouvoirs publics pour les modes de transports doux. Des mobilités douces et aménagées
Inciter les habitants à opter pour une mobilité plus douce nécessite des politiques de soutien et d’accompagnement, mais aussi des aménagements urbains qui pourront accompagner ces changements d’habitude de déplacement. Cela peut d’abord se traduire par une limitation de la place accordée aux voitures en villes.

C’est l’objectif par exemple des zones à circulation restreinte (ZCR) ou zones à faible émission (ZFE), qui interdisent la circulation des véhicules les plus anciens et les plus polluants dans les centres-villes. Paris, Grenoble et Lyon récemment, se sont dotés de ces zones.

Si les ZFE et autres zones à circulations restreintes sont adoptées par les villes, c’est avant tout pour réduire la place de la voiture, encore dominante dans l’espace public. (Crédit photo: Unsplash / J Shim)

En 2015, Paris a mis en place une ZFE, interdisant la circulation des bus, cars et poids lourds antérieurs à 2001, celle-ci a été étendue en 2017 aux véhicules légers non classés et aux véhicules Crit’air 5. Une restriction qui est en vigueur du lundi au vendredi de 8h à 20h. Grenoble a également sauté le pas en mettant en place une zone à faibles émissions, qui en 2025, limitera la circulation aux véhicules utilitaires légers et aux poids lourds affichant le niveau d’émission le plus faible (Crit’air 1).
 
A l’échelle européenne, les Barcelonais ont également opté pour une forme de restriction, avec la mise en place des superblocks ou superilles, dont nous vous parlions dans un précédent article, des zones quasiment piétonnes et dédiées aux mobilités douces. Ce dispositif incite les habitants à privilégier la marche, le vélo et d’autres modes de déplacements « légers », en plus de leur redonner un meilleur accès à l’espace public.
En termes d’accessibilité des piétons, l’urbaniste et architecte Jan Gehl montre le potentiel de la ville de Venise, qui serait le meilleur exemple pour pratiquer la marche à pied, grâce à son système de canaux desservis en vaporetto (transports en commun de la ville), reliant les espaces piétons entre eux.

Si superilles, ZCR et autres aménagements s’implantent progressivement en Europe, le concept similaire de complete streets a le vent en poupe aux Etats-Unis. Traduit par « rues complètes » ou rues conviviales, ce concept d’aménagement allie sécurité des rues et incitations à la mobilité douce. La ville de Las Cruces (Nouveau Mexique), en 2009, adoptait déjà ce principe dans sa politique d’aménagement en créant une rue complète, qui a notamment donné lieu à un élargissement des trottoirs du quartier. A Austin (Texas) les zones « tampons » censées clarifier la séparation entre automobilistes et cyclistes ont permis d’augmenter le nombre de cyclistes sur ces voies.

Vers de nouveaux axes de développement

Alors que le vélo est d’ores et déjà apprécié pour inciter à l’adoption de modes de déplacements plus doux, de nouveaux facteurs et acteurs bousculent le marché de la mobilité à deux roues. Un marché qui est évidemment transformé par l’essor de l’assistance électrique, et par le développement d’offres en libre-service ou en location pour les usagers. C’est le cas de Véligo, un nouveau service de location de vélo à assistance électrique, créé par Ile-de-France Mobilité un réseau de 10 000 vélos disponibles à la location de longue durée dans toute l’Ile-de-France. Véligo fonctionne par location de 6 mois, avec une offre qui comprend location, entretien et réparation du vélo pour un tarif de 40 € par mois.

Celui-ci complété par des espaces de stationnement sécurisés situés près des gares et stations du département (Véligo station), permettant ainsi de faciliter le passage du vélo aux transports en communs pour les usagers.

De nouveaux acteurs font également leur entrée sur le marché de la mobilité douce, pour donner un coup d’accélérateur à son développement dans nos villes. On pourrait citer le cas des opérateurs de micromobilités, qui se situent à la frontière de la mobilité douce – avec Uber qui opère, par exemple, trottinettes et vélos électriques. Plus récemment, des applis récompensant les utilisateurs pour leur effort physique – calculé au nombre de pas effectués – ont fleuri, comme WeWard, pour stimuler la marche à pied et la déambulation vers des commerçants partenaires.

Smart B est une application permettant de prouver les mobilités durables des usagers et de valoriser leurs effets positifs, surtout lors des déplacements entre le domicile et le travail (Crédit photo : Mobilité.eco / SmartB)

D’autres ont choisi un usage différent pour ces « token » (actifs numériques émis et échangeables sur une blockchain) : c’est le cas de la solution mobilité.eco, développée par SMART B et sélectionnée pour le second Quartier d’Innovation Urbaine de l’Urban Lab à Paris. Concrètement, la startup propose une technologie blockchain 3.0 permettant d’enregistrer des preuves de mobilité pour les valoriser ensuite, par exemple dans le cadre des plans de mobilité durable des entreprises. Une garantie de traçabilité pour l’entreprise qui peut ainsi justifier des kilomètres effectués par ses collaborateurs à vélo ou en co-voiturage, par exemple.
 
Si les mobilités douces connaissent un regain d’intérêt face aux enjeux de congestion, de pollution et de bien-être, le chemin est encore long avant que celles-ci s’intègrent totalement au mode de vie des citadins. Dans un contexte de densification, des villes et des échanges intrinsèques, les mobilités douces semblent offrir le compromis idéal entre coût économique, écologique et usage quotidien. Un essor qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, à condition que les aménagements et politiques incitatives se poursuivent et se renforcent.

Source : Urbanistik

Lien de partage :

Devenez contributeur

Wimobi est une plateforme collaborative qui donne la parole à tous les acteurs de la mobilité qu’ils soient professionnels, chercheurs ou étudiants. N’hésitez pas à nous contacter pour définir la manière dont vous pouvez contribuer à Wimobi.

En savoir plus

Sur le même thème